Des torchères brûlaient obliquement plantées dans les supports de fer forgé, des draperies rouges brochées d'or étaiement tendues de colonne à colonne, une grande table de fer à cheval était dressée, six sièges d'un coté, six sièges de l'autre devant douze services, semblaient attendre les convives.

Au fond, seule et pâle, une femme d'une éblouissante beauté était assise à coté d'un siège inoccupé. C'était la Comtesse de Cabrières, plus belle qu'une impératrice byzantine. Ses tresses brunes encadraient son visage et ses grands yeux brillaient d'un regard fascinant. Sa robe de soie bleue, sa poitrine ornée de bijoux, ses pendentifs scintillants, tout lui accordait une majesté naturelle qui frappa de stupeur les guerriers.

Elle se leva et, avant que le général des Francs ait pu ouvrir la bouche, d'une voix qui ne trembla pas, avec assurance, elle dit : "Illustre descendant de Clovis, sois ici le bienvenu, tu es le maître de ce château et comme tel, viens prendre ta place près de moi qui suis la Comtesse de Cabrières. Que douze de tes guerriers prennent part à ce festin !"


   

Théodebert, saisi d'admiration devant ce tranquille courage, s'approcha de la belle Agathoise et ne sachant comment lui témoigner son admiration, prit une coupe qu'il remplit de Clairette et l'élevant vers la Comtesse : "Je bois à toi et à ta beauté", dit-il simplement mais avec grâce. Dentoria sourit et tous les assistants comprirent, sans autre explication, que les jeux étaient faits.

Ces rudes cavaliers n'avaient pas tort de le croire. Pendant tout le repas, servi par les femmes, les vins blancs de l'Hérault leur ouvrirent les yeux et l'esprit sur la portée de l'événement dont ils avaient été témoins. Il fallait en convenir, de ce court colloque entre leur chef et la belle Comtesse avait jailli un sentiment foudroyant et réciproque qui ne laissait aucun doute sur sa nature.


   

Aussi, ne fussent-ils nullement étonnés de voir, à la fin du repas, le couple s'éloigner sur les remparts, devisant doucement, admirant le clair de lune de cette belle nuit d'été. Alors que tous dormaient, certains même simplement sous la table, les sentinelles purent regarder, au petit matin, les deux amoureux contempler enlacés sur la plus haute tour du château, le soleil qui vers la montagne de Sète, se levait sur la mer…

Alors que depuis six mois Théodebert ne quittait plus Cabrières, un courrier venu de Metz, annonça un soir la mort de Thierry le Sage, fils de Clovis et père du prince Théodebert.

Et c'est ainsi que la comtesse de Cabrières, punit la couardise de son époux en posant sur sa propre tête la couronne d'Austrasie en la cathédrale de Metz et qu'une femme de l'Hérault, faillit devenir Impératrice de Constantinople, dont Théodebert méditait la conquête quand il fut tué dans un accident de chasse l'an 548.

Mais avant de partir pour la Lorraine, la futée Languedocienne avait rempli un plein coffre de bâtons de bois, ce qui avait fort intrigué les conseillers du jeune roi. Ces bâtonnets, c'était un peu du pays qu'elle emportait avec elle : des plants de vignes. Des cépages qui sont l'honneur de ce terroir. Sur les coteaux messins, la jeune reine planta ces bâtonnets, ils donnèrent un vin léger, gai, lumineux, qui, sur les bords de la Moselle rappelle encore aujourd'hui, le souvenir d'une idylle amoureuse et lie de son écharpe dorée la Lorraine et le Languedoc.