Cabrières possède les plus vieilles mines de cuivre françaises et les plus vieux ateliers préhistoriques de traitement de ce minerai actuellement connus en Europe.

Cet ensemble exceptionnel présente toute la chaîne de production. Le creusement de mines exiguës permet d'extraire du sous-sol le minerai de cuivre, transformé en métal dans des ateliers de surface. Dès le début du IIIème millénaire avant notre ère (il y a 5000 ans), les population agro-pastorales de la fin du Néolithique languedocien acquièrent les techniques indispensables à la fabrication de ce premier métal.

La technologie utilisée, faussement frustre, est loin d'être empirique. Des influences extérieures, proche-orientales (région où la métallurgie du cuivre est née 2000 ans plus tôt), expliquent que dès cette époque, les premiers métallurgistes puissent utiliser des minerais parfois complexes qui nécessitent une succession d'opérations complémentaires, intangibles.



   

Quatre secteurs miniers ont été exploités par les préhistoriques : Vallarade, Font de Nuque, Pioch Farrus, La Roussignole. Plus de vingt puits de mines de cette époque sont aujourd'hui connus.

L'extraction des minerais carbonatés (azurite, malachite),

mais aussi des sulfures (tétraédrite, cuivres gris) était réalisée à l'aide d'outils en pierre (maillets). La percussion indirecte pouvait être utilisée localement, un éclat de quartz effilé faisant office de coin entre le maillet ovoïde et la roche minéralisée.


   

Les fouilles du site de Roque Fenestre ont permis de reconstituer les étapes de la transformation du minerai en métal : après extraction et un premier tri, le minerai était transporté non loin des mines, sur des roches schisteuses donc imperméables, où étaient creusée des fosses, ultérieurement remplies d'eau. Le minerai était alors

concassé, lavé et trié avec soin. L'utilisation des cuivres gris nécessitait la pratique du grillage afin d'évacuer les sulfures qui rendent le métal cassant (utilisation de bruyère arborescente), avant d'introduire le minerai dans des fours de réduction. Le métal très imparfait ainsi obtenu (matte) était concassé, lavé et trié pour séparer les scories des globules de métal. Une dernière étape, non retrouvée à Roque Fenestre, permettait à partir de ces globules, d'obtenir du métal de bonne qualité et des objets finis.


   

Dès le début du IIIème millénaire en Languedoc, puis peu à peu dans toute la France, les objets en cuivre, ont complété la panoplie des objets utilitaires des hommes néolithiques. Poignards, haches, aiguilles et perles sont les plus communs. Ce n'est qu'ultérieurement que le métal a totalement supplanté les outils en silex et en os. L'aire de diffusion des

objets issus du minerai de Cabrières, définis par une composition caractéristique par ses impuretés (antimoine argent en l'absence de plomb), peuvent être reconnus dans tout le midi de la France.

L'exploitation des mines de cuivre de Cabrières s'est poursuivie, peut-être avec moins d'intensité, aux âges du Bronze et du Fer. Une importante exploitation gallo-romaine est attestée par des mines qui conservent les traces des outils de fer, quelques objets (lampes, fragments d'amphore) et inscriptions romaines. Plus tard, au Moyen Age, et au XIXème siècle, de nouveaux travaux ont été entrepris, alors que récemment (1975), des travaux miniers ont testés les potentialités du minerai de baryte.